Contre le technocapitalisme, « un autre chemin se dessine »

L’accélération du temps réclamée par l’adaptation aux technologies contraint soit à « augmenter » l’homme, soit à ralentir pour retrouver stabilité et proximité, plaide l’économiste Renaud Vignes dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 13h29, mis à jour à 14h03 Temps de Lecture 4 min.

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« Ultime étape (peut-être) pour que l’homme ne soit plus le maillon faible du système, il est envisagé que la machine le remplace pour décider et agir pendant que la microélectronique et la biologie “l’augmenteront”. »

Tribune. Jusqu’à la fin des années 1980, c’est la confrontation entre des forces collectives et la puissance du capitalisme qui construisait le progrès économique et social. Depuis, une nouvelle dialectique s’est installée. Elle est profondément transformatrice et oppose des forces dynamiques aux facteurs de stabilité qui, jusqu’à présent, protégeaient les individus.

Cette opposition provoque une désynchronisation majeure de tous les plans de nos vies et, en conséquence, bouleverse nos sociétés qui se trouvent confrontées à de nouveaux rythmes imposés par des puissances qui semblent les dépasser.

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Cette déformation sociale du temps se retrouve au cœur d’une nouvelle forme de capitalisme que nous appelons « technocapitalisme » et qui s’étend sur le monde entier à une vitesse fulgurante. Le temps y devient une ressource précieuse et convoitée qui se retrouve dans un cercle vicieux : de plus en plus capté par les nouveaux géants de l’économie, il nous apparaît toujours plus rare, ce qui nous contraint à aller toujours plus vite pour rattraper le temps perdu.

Des forces d’accélération qui dépassent les limites de l’homme

C’est maintenant à la société toute entière qu’on demande d’accélérer, c’était tout le sens du message d’Emmanuel Macron lorsqu’il nous proposait de devenir une « start-up nation ». Ces forces d’accélération sont sur le point de dépasser les limites d’une nature humaine qui, depuis toujours, a besoin de stabilité et d’une certaine routine pour construire son projet de vie. Et là se trouve la principale cause du malaise que nous ressentons.

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Jusqu’où peut nous entraîner cette globalisation accélérée ? Le monde paraît hésiter entre deux voies. La première dresse le constat que l’homme « ancien » est dépassé et, qu’en l’état il ne pourra suivre le rythme. Le réadapter à un environnement toujours plus complexe, plus lointain, plus rapide, apparaît alors comme une nécessité. Une partie de ce chemin a d’ores et déjà été empruntée.

Depuis la mise en place de la stratégie de Lisbonne de mars 2000, l’Europe s’est ralliée à la théorie du capital humain, qui voit l’éducation comme moyen de transformer l’homme en une simple « ressource » dont la valeur dépendra de sa productivité et de sa mobilité. Les géants du technocapitalisme ont mis au point des armes de persuasion massive qui produisent déjà des effets majeurs sur les comportements.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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