Enquête électorale : des intentions de vote qui ne reflètent pas le poids des partis

Les sondés, qui se disent proches d’une formation, ne votent pas forcément pour la tête de liste correspondante. D’autres critères entrent en jeu.

Publié aujourd’hui à 11h29

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Yannick Jadot (EELV), Nathalie Loiseau (LRM), Raphael Glucksmann (PS-Place publique), Manon Aubry (LFI) et François-Xavier Bellamy (LR) le 9 avril 2019.

« Dis-moi de quel parti tu es le plus proche, je te dirai pour qui tu vas voter » : ce que l’on appelle le « vote d’étiquette » devrait trouver son terrain de prédilection dans les élections européennes. Il s’agit d’un scrutin de liste et proportionnel. Il s’agit d’un enjeu qui paraît lointain. Il s’agit qui plus est cette fois-ci d’une circonscription nationale. Ce raisonnement selon lequel le levier principal du vote est la proximité partisane explique sans doute le choix des têtes de liste dont, pour les principales, le point commun est d’être de parfaits inconnus pour la majorité des Français. Ce raisonnement partagé est pourtant à nuancer : il y a du flottement dans l’étiquette.

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Prenons comme hypothèse de départ – évidemment théorique et absurde – que tous les électeurs votent conformément à leur préférence partisane. Quel serait alors le rapport de force, à la lecture de cette dernière vague d’enquête, issu d’un vote d’étiquette pur et parfait ? L’alliance LRM-MoDem arriverait en tête avec 15,5 %, suivie du Rassemblement national avec 14 %, du parti Les Républicains avec 11 %, du Parti socialiste avec 8,5 %, de La France insoumise avec 6,5 % et d’EELV avec 5 %. L’important écart, à la hausse ou à la baisse, entre ce vote théorique et les intentions de vote réelles, s’explique par une triple déformation.

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Rapport de force

Il y a, d’abord, une déformation liée à la participation : quatorze points séparent le taux de participation des sympathisants d’EELV (42 %) et celui des sympathisants de LRM (56 %) – avec, globalement, une mobilisation plus forte dans les partis de droite.

Il y a, ensuite, une déformation liée à la fidélité : il ne suffit pas d’aller voter, il faut aller voter pour le parti dont on se déclare proche. Et, sur ce point, les écarts sont plus spectaculaires encore. Les sympathisants de LRM et du RN sont hyper-fidèles : 92 % d’entre eux votent pour le parti dont ils se déclarent proches. Les sympathisants de LFI, d’EELV et de LR le sont un peu moins : de 80 % à 76 %. Et les sympathisants socialistes le sont considérablement moins : 55 % affirment vouloir voter pour la liste conduite par Raphaël Glucksmann.

Il y a, enfin, une déformation liée au rayonnement, c’est-à-dire à la capacité d’attirer des électeurs au-delà de ses sympathisants. Là encore, les différences sont fortes, avec une cible principale : les 28 % de panélistes interrogés qui déclarent qu’il n’y a « aucun parti dont ils se sentent le plus proche ou le moins éloigné ». Ces électeurs sont nombreux mais peu mobilisés – leur taux de participation ne serait que de 26 %. Ils sont surtout, et c’est un élément très important, davantage séduits par le RN : 26 % d’entre eux affirment vouloir voter pour la liste conduite par Jordan Bardella – la proportion redescend à 14 % pour celles conduites par Nathalie Loiseau et Yannick Jadot.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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