Cinéma français : l’adieu à la télévision

Par Nicole Vulser

Le modèle de financement du septième art semble à bout de souffle. En cause, le désintérêt croissant des chaînes de télévision.

Avec 300 films produits en 2018, 200,5 millions de spectateurs dans les salles, dont 40 % de part de marché pour les longs-métrages hexagonaux, le cinéma français porte beau par rapport à tous nos voisins européens. Mais la maison se fissure, et l’écosystème dont tous les responsables politiques se gaussent est à bout de souffle. Le financement du septième art se désagrège doucement. En cause, le désintérêt croissant des chaînes de télévision. Là où elles contribuaient encore à plus de 35 % du budget moyen d’un long-métrage en 2017, les chaînes n’ont financé que 28,6 % en 2018. De même, les mandats de ventes internationales des films et des distributeurs ont fondu (passant de 21,5 % en 2012 à 15,2 % en 2018), obligeant de fait les producteurs à prendre davantage de risques. Pourtant, la France produit toujours plus de films, mais ils sont de moins en moins bien financés. Et le nombre moyen d’entrées en salle se réduit. Alors que le Festival de Cannes bat son plein, on s’inquiète donc dans la coulisse. Comment réinventer l’architecture de financement du cinéma français ?

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« Depuis trente ans, la profession a passé son temps à avoir peur. Peur de la télévision, puis de la cassette, du DVD, et enfin des chaînes payantes… », rappelle Serge Hayat, coprésident de la chaire Media & digital de l’Essec. C’est pour cela que « la télévision est devenue, de façon obligée, le plus gros client du cinéma, ce qui a probablement sauvé ce dernier, mais crée aujourd’hui des dommages collatéraux en série », ajoute-t-il. Notamment une chronologie des médias (l’ordre selon lequel un film est exploité, en vidéo, sur les chaînes, etc., après sa sortie en salles) étouffante et l’habitude prise par les cinéastes de faire des films destinés au petit écran – c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le cinéma français s’exporte si peu.

Le confort qui régnait dans la production n’existe plus parce que les télévisions elles-mêmes ont des soucis. Ainsi, les obligations d’investissement de Canal+ dans le septième art sont liées à son chiffre d’affaires. Comme ce dernier baisse, le principal banquier du cinéma finance moins les films. De façon plus perturbante encore, « les plates-formes comme Netflix contribuent à ringardiser les films », ajoute M. Hayat, pour qui « le système est vrillé puisque la loi oblige les chaînes de télévision à acheter des films qui répondent moins à leurs besoins ; il faut trouver d’autres débouchés ».

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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